Escalade de H2O
Vapeurs
d’éternité
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Saison 2006-2007
Le sommet
Comment mieux terminer la saison en beauté et
en goûteur que par Monroe Brook Slide, le 1 avril, entre amis ? Je vous laisse
deviner l’emplacement. Au menu : une approche
dégagée et un couloir continu et élégant, offrant plusieurs itinéraires. A la jonction principale, nous avons choisi la fourche de gauche, qui se fait sans corde, mais requiert tout
de même crampons et piolet compte tenu de l’angle et de la longueur du
couloir : près de 1.5 km de pur délice. La neige était dure comme du névé, conférant un caractère très alpin à l’itinéraire, qui débouche dans les alpages situés tout juste sous
l’arête du Crawford Path. Une classique à répéter !
Les névés sommitaux
Le 17
mars était un lendemain de grosse tempête. Une autre! Nous avons donc opté pour
la très courte approche de Parasol Gully, d’autant plus que Charles n’avait
jamais gravi cette classique. Après s’être découpé une tranchée
jusqu’au pied de la voie, les premiers mètres sur glace mince
ont eu raison de la lame d’un des Vipers de Charles ! Plus haut, une neige
profonde et inquiétante précédait la sortie, qui présentait d’énormes parapluies ! Le 21
mars, j’ai eu la chance de cristalliser mon rêve de l’année, soit faire Glass Ménagerie à Willo, en tête. Jules et moi avons
bénéficié d’une journée parfaite ! La première
longueur annonçait heureusement de la bonne glace. J’ai réussi à faire un
relais qui n’était pas dans la ligne de tir des gros parasols qui coiffaient le
sommet de la voie, autant à gauche qu’à droite. Cependant, mon relais était
presque dans l’axe de la 2e longueur, ce qui me rendait nerveux face
à Jules. Au milieu du pilier, j’ai été habité par un doute existentiel et je me
suis longé « à sec » sur une
vis. J’ai alors pu prendre une photo entre mes
jambes : capotant ! Le restant, incluant le passage-clé un peu en
surplomb, a super bien été, sur du hero
ice comme disent les américains ! Here
and now. Le geste réinventé à chaque placement. Le voyage intérieur. Je n’ai revu Jules qu’à
la sortie, ayant fait mon relais dans les arbres
du sommet. Impossible de mieux célébrer l’arrivée du printemps ! Dire que je
n’avais jamais complété une voie à Willo après le 5 mars jusqu’à ce jour.
L’hiver 2007 aura été long à démarrer mais il aura finalement offert de la superbe escalade de glace,
souvent par grand froid ! Mais le 24
mars s’annonçait lui beau et chaud. Pas de meilleures conditions pour
inviter Étienne à aller escalader un des couloirs alpins de Huntington Ravine
au mont Washington. L’approche par le Tuckerman Ravine trail s’est faite dans l’ombre
et la lumière. Il y avait déjà des dizaines de grimpeurs à notre arrivée au
pied de Huntington, dont plusieurs cordées déjà en attente au pied de Pinnacle
Gully, notre but pour la journée. Nous avons donc opté pour O’dell’s Gully,
malgré le fait que plusieurs cordées y étaient
déjà engagées. Les rochers qui donnent
accès au pied de la voie étaient impeccablement secs, au grand bonheur de Diane ! Aucune cordée ne l’occupant, j’ai opté
pour le côté droit de O’dell’s, soit l’option la
plus difficile quoique très raisonnable (3+). La glace était parfaitement molle sous nos coups de piolets. Après la deuxième longueur de glace, la sortie se fait
d’abord dans un vague sentier broussailleux, et
ensuite dans des rochers au-dessus de la sortie
de Pinnacle, avec une vue imprenable sur North Gully, de l’autre côté du ravin,
où évoluaient d’autres grimpeurs. Pendant les mois d’été, je préférerai me
remémorer les souvenirs partagés de la vue superbe qu’on a de l’alpine garden
plutôt que de la descente dans Escape Hatch, où j’ai défoncé à répétitions !
« Never again %$* », me suis-je promis !
Les mâcons supérieurs
Nous pensions bien que les grands froids et la
glace cassante seraient derrière nous le 24
février. Et bien non ! Louis a fait une belle
tentative dans Plug and Chug à Willo mais Jules et moi l’avons pratiquement
convaincu de cesser le combat, après un court caucus dans la grotte. Bâtard
que c’était frette ! Toute une autre histoire que le 25 février : Crazy Diamond
brillait comme une pierre précieuse au soleil, sur fond d’encre bleue. Diane a apprécié la température clémente et les sections verticales de son premier NEI
4+ et mis en application les trucs de gestion de
cordes de Louis, pendant que je me désaltérais
du paysage. Ce sourire de satisfaction à la
sortie du dernier rideau vertical en dit long sur la journée la plus agréable
de l’année (jusqu’à maintenant…) à Willo. Le 28 février, notre plan B a été rapidement activé, même si nous
sommes arrivés tôt en prévision de la température douce annoncée. Louis m’a
tordu le bras J pour refaire Crazy
Diamond, en sortant la voie cette fois complètement à gauche des colonnes intermédiaires, pour un résultat
plus qu’intéressant. La sortie
était aussi spectaculaire que 3 jours plus tôt. J’aime
vraiment cette voie ! Je me suis ensuite tapé la première longueur de Twenty
Below, en glace « styrofoam ». La neige fondait déjà pas mal en bas…Comme une cordée brettait
dans le haut de la 2e longueur, nous sommes redescendus sur un
Abalakov. Suite à un départ tardif le 4
mars, Diane et moi nous sommes cognés le nez sur un « complet »
au pied de Float like a Butterfly, Twenty Below (2 cordées), Glass Menagerie, Crazy Diamond, Left Tablets (3
cordées), Center Tablets et Right Tablets ! Nous avons donc jeté nos lames de
piolet sur un superbe pilier complètement à droite
des Left Tablets, la météo nous en faisant voir de toutes les couleurs. Tôt le 7 mars, le mercure dormait encore au fond de sa colonnette, pour nous annoncer qu’il
s’agissait là du matin le plus froid de l’hiver. Il aurait été plus raisonnable
d’enfiler nos mitaines et d’aller gravir Shoestring Gully à Crawford mais le
soleil étant de la partie, nous avons opté pour Twenty Below à Willo. Grande
surprise, il n’y avait pas une âme dans les parages à notre arrivée, de sorte
que nous avons dû faire la trace jusqu’à la
base. Alors que nous étions dans la 2e
longueur, un immense morceau de glace s’est détaché du sommet de Glass
Menagerie. Heureusement, notre relais était suffisamment à gauche pour être à
l’abri de la menace des parapluies géants qui coiffent la paroi. Malgré le vent
froid qui s’est levé en après-midi, l’escalade a été mémorable
! Le 9 mars, espérant une
température douce (doh!), Dracula était dans notre mire (eh oui, encore une
fois dans mon cas!). A notre arrivée au pied de la voie, la sortie était
occupée par une cordée dont l’assaut avait causé une grosse fracture dans la
glace, juste dans le crux ! Je me suis ensuite
fait plaisir dans les premiers tiers mais une fois rendu à l’endroit en question,
je me suis rendu compte que je ne pouvais pas continuer dans la sortie normale,
sans risquer de tout faire tomber (je venais de plus d’atteindre Diane d’un
gros morceau sur la cuisse…). Obstinément, j’ai réussi à ponter 2 m à droite de la sortie, dans
le passage le plus flyé que j’ai eu à
faire cette année ! Diane a fait ca les doigts dans le nez ! Larry aurait été
fier de voir ca.
Les mâcons intermédiaires
Le thème de la journée du 11 février était probablement « Get high on Willoughby ».
Toute une expédition que de monter à la base de Shaker
Heights. Vraiment. Heureusement que Diane et Louis ont pris les sections de
bushwack de l’approche en…disons en
riant, avec Louis qui forçait le chemin ! Mais comme il ne ventait pas et que
le soleil brillait, il n’était pas question de se plaindre. La première
longueur de glace, quoique mince au départ, est
longue et belle. Suit une rampe facile vers la droite, qui mène à un relais sur
un arbre au pied de la 3e longueur.
Mais comme il était 15h00 heures, nous avons opté pour redescendre, en raison des
quatre rappels qui nous attendaient (il faut ajouter 2 rappels dans un couloir
de neige et de roche). Sage décision car nous sommes arrivés au chemin à 18h00,
à la noirceur. La
froidure cassante du 13 février
ne nous a pas empêchés de quitter Sherbrooke à 6h00 (par une température de -30C !) pour se taper les 285 km qui nous séparaient
de Topaze en Mauricie. La rivière était
heureusement (contrairement à notre tentative
d’il y a 2 ans) gelée de bord en bord. Après le changement de vêtement obligatoire (dans mon cas),
j’ai vraiment apprécié la première longueur de 50 m, sur une dalle
inclinée à 70 degrés. Charles a par la suite pris le contrôle de la corde pour
gravir la 2e longueur (50
m), plus facile (pas de photos – j’étais trop gelé),
jusqu’à un relais spacieux au sommet d’un gros
bloc de roche qui sépare Topaze de la voie Opale. Chuck
s’est par la suite élancé dans la 3e
longueur (50 m),
longue, sèche et fragile, en faisant tomber de très gros morceaux. La noirceur nous
a accueillis comme nous complétions la traversée du St-Maurice, pour arriver à
l’auto à 18h05. Nous étions de retour à Sherbrooke à 21h10, après avoir
encouragé, en vain, les Canadiens : « HU_èè ! ». Ah oui,
côté logistique, le take-out du McDo
de Grand-Mère nous a sustentés à l’aller et au retour ! Le 17 février, nos rêves de gravir
Fantasma n’ont pu se réaliser, faute de
glace dans la voie. Nous
nous sommes donc rabattus sur un coin que nous ne connaissions pas, soit Vimy
Ridge. Croyant nous diriger vers Jaune Minéral (nous n’avions pas le
livre-guide), nous avons abouti au pied de Kamikaze,
après avoir suivi aveuglément une trace fraîche laissée par 2 cordées
différentes (heureusement car nous n’avions pas de raquettes non plus…). Merci
à Jean-Pierre Graillon, Isabelle, Benoît et Mathieu ! Cette voie offre de jolis
cours ressauts verticaux. Diane et Charles
semblent avoir apprécié la température douce, à en juger par leurs mines. Le 18
février, j’ai finalement eu le dessus (mais humblement!) sur Renormalization à Willo. Après les encouragements bien
dosés de Jules, je suis remonté lentement vers les deux vis que j’avais placées
avant de me laisser redescendre au relais me questionner, tout pompé que j’étais. En prenant une ligne un peu
plus à droite pour éviter la glace hyper cassante que j’avais affrontée à ma
première tentative, j’ai réussi à avoir de meilleurs placements qui m’ont
permis de conserver mon énergie et sortir dans
les beaux-gros-cèdres-en-santé du sommet de la paroi. Mais, alors que
j’effectuais la longueur la plus difficile que j’ai faite en tête à date, il y
avait 2 cordées dans Mindbender sur ma gauche et
une autre un peu plus loin dans Plug and Chug,
histoire de m’aider à garder les deux pieds bien sur terre… Leçon apprise ? Faire une meilleure lecture de la glace en terrain
raide soutenu et réajuster la stratégie au besoin ! Le 20 février, Jules goûtait pour la première fois aux voies de
Frankenstein et aux approches relaxes de l’endroit. Nous avons d’abord mis nos
dents dans Dracula, la méga classique de la paroi, que j’ai grimpée en tête
sans dragonnes, au complet (c’était, comme disent les américains, un hook fest). J’ai bien aimé l’expérience
! Puis Jules s’est délecté dans Bob’s Delight et
ensuite dans la magnifique Chia
Direct. Au retour, nous savions que la vie
nous avait gâtés !
Les mâcons inférieurs
Le 19
janvier est une date à ne pas oublier car à elle seule, elle rétablit la
moyenne de température pour tout le mois de janvier. Pas de meilleure journée
pour se taper Twenty
Below Zero Gully à Willo ! Nous étions 2 cordées distinctes côte à côte (Jules avec Louis et Chuck avec moi) mais
c’est Chuck qui a hérité de la dernière longueur :
normal, la glace n’était pas belle ! A la fin de la journée, il ventait autant…Le 23
janvier a été une journée comme on en voit rarement en janvier. Dès
notre arrivée au lac, le soleil chatouillait la paroi de Twenty Below, avec un grimpeur engagé dans la 1ere longueur. Pas
de vent non plus : donc pas de meilleures conditions pour aller
gravir Float Like a Butterfly. L’allure de la voie avait passablement
changé depuis le 14 janvier, soit seulement 9
jours plus tard ! La première longueur peut s’étirer tant qu’on veut mais sans véritable replat pour les pieds.
J’ai choisi de couper court après avoir grimpé plus de 50 m. Chuck a ensuite pris la relève pour la deuxième longueur,
plastique mais funkie dans la partie
raide ! Jules a bien apprécié ce passage aussi
(nous étions trois). Après une longueur facile jusqu’aux arbres, nous avons
décidé de rejoindre le sentier pour ne faire qu’un seul rappel dans Right
Tablets. Le 28 janvier, nous avions
dans la mire la classique Glass Menagerie à
Willo. La ménagerie, c’est pour l’ambiance qui régnait lorsque les 4 comparses
que nous étions se sont retrouvés à mi-paroi sur
une vire arrachée à la glace à grands coups de crampons. Glass, c’est pour
verre : comme la consistance de la glace tôt le matin, mais aussi pour les
nombreux « Glace ! » criés tout au long de la journée. Après
2 tentatives d’assassinat par tir de mortier (habilement esquivées par Dany et yours truly) de la part de
Louis-Châteauneuf-du-Pape-Morissette, on s’est dit qu’on pourrait toujours
revenir une autre fois. Il y avait du monde partout en cette belle journée sans
vent, dont dans la toujours aussi fréquentée Twenty
Below et dans la rarement gravie China Shop.
Le 2 février, Diane et moi avons
opté pour Blue Room à Smuggs. Il règne une belle ambiance dans ce petit bijou
(que j’avais grimpé une seule fois auparavant). Diane a vite fait de hooker jusqu’en haut du court pilier qui donne du piquant à cette classique. Nos
efforts du 4 février pour Gringalet ont été vains. Jules et Bertrand (pas
les castors) sont arrivés 5 minutes en retard sur une cordée d’Ottawa-Calgary
et en avance de 3 minutes sur un autre groupe de 3, également d’Ottawa. Nous
n’avons pas voulu poser notre candidature pour le prix Darwin 2007 et sommes
redescendus au lac, où nous avons découragé une cordée de St-Hyacinthe qui
approchait de monter à la base de la voie. Bilan des prétendants : 9 personnes !
La marche d’approche
Non mais quel début de saison horrible ! Le
réchauffement de la planète par ci, El Nino par là. N’empêche, de la glace,
c’était possible d’en trouver… mais en cherchant bien. D’abord dans Shoestring Gully le 21 décembre avec Charles. Il s’agit d’un long et facile couloir à
l’ambiance alpine de 2 500
pieds de longueur
(mas o menos) sur Webster Cliffs (Crawford Notch) mais il ne contenait
pas de neige…juste un peu de glace qui allait
heureusement en s’épaississant dans les dernières longueurs.
Au sommet : le désert ! Puis le 27 décembre, Diane et moi prenions de
l’air dans Willye’s slide dans Crawford
Notch : mince, mais facile et agréable ! Le 30 décembre, nous avons enfin connu une vraie journée d’hiver dans Elephant’s Head Gully à Smuggs, me permettant de
prendre une photo intéressante d’un grimpeur qui
s’élevait dans Watership Down. La tendance s’est maintenue au début de 2007
mais la première longueur de Gringalet au
Pinnacle, quoique presque toute en rocher, fut quand même plaisante à gravir le 3 janvier, quoique pas autant que Grand
Confusion à Smuggs le 4 janvier,
soit le lendemain, où je pouvais assurer Diane nu-mains ! Nous avons dû ensuite
patienter au 13 janvier pour
trouver un Parasol Gully en glace fraîche dans Dixville
Notch . Mais c’est le lendemain, soit le 14 janvier, que l’hiver livrait finalement ses promesses à
Willoughby : les 2 longueurs de Zephyr (NEI 3,
5.4 - mon œil dans ces conditions) nous ont ravi au
point de redescendre en rappel à la noirceur…L’hiver s’est finalement
installé : à vos piolets !
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